Comment reconnaitre un ictère pathologique chez le nouveau-né ?

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Comment reconnaitre un ictère pathologique chez le nouveau-né ?

🧸Pédiatrie D3D4

1. Rappels physiopathologiques

  • Pourquoi le nouveau-né fait beaucoup de bilirubine non conjuguée (NC) :
    • Hémolyse physiologique : polyglobulie néonatale et GR fœtaux à durée de vie courte.
    • Immaturité de la glycuroconjugaison (UGT1A1).
    • Cycle entéro-hépatique augmenté, avec une flore encore immature et de la β-glucuronidase.
  • Bilirubine libre : fraction NC non liée à l’albumine. Elle franchit la BHE et est neurotoxique.
  • Facteurs qui augmentent la fraction libre : hypoalbuminémie, acidose, hypoxie, sepsis, prématurité, jeûne (AG libres), médicaments déplaçant la bilirubine de l’albumine (ceftriaxone, sulfamides, AINS).

L’ictère est souvent PAS GRAVE. Mais il faut savoir reconnaitre l’ictère pathologique.

2. Ictères bénins (non pathologiques)

=> Benin, toujours après 24h de vie (LE seuil à retenir pour l’ictère).

Ictère physiologiqueIctère au lait de mère
Fréquence30-50 %≈ 3 % des enfants allaités
DébutAprès 24 h (J2-J3)≈ J5-J6
ÉvolutionPic J3-J5, décroissance, disparition avant J10Disparition en 4-6 semaines, peut persister plusieurs semaines (tant qu’il y a un allaitement ne pas trop s’étonner si l’ictère persiste)
Mécanisme (pour info)Immaturité de la glycuroconjugaison et hémolyse physiologiqueLipoprotéine lipase du lait, qui libère des AG inhibant la glycuroconjugaison ; ↑ cycle entéro-hépatique
CliniqueIsolé, examen normal, BTc modérée selon les courbes de référenceIdem
PECAbstentionAbstention, ne pas arrêter l’allaitement

⚠️ Chez le prématuré, on reste vigilant : le risque neurologique est plus élevé pour une même bilirubinémie.

3. Quand suspecter un ictère pathologique ?

  • Début < 24 h de vie (le critère n°1).
  • Ictère intense ou étendu, avec bilirubine dépassant le seuil de photothérapie ou BTc ≥ 75e percentile.
  • Cinétique rapide : augmentation > 5 mg/dL/jour (≈ 85 µmol/L/j) ou > 0,2 mg/dL/h (ne pas retenir les chiffre, juste l’aspect rapide)
  • Prolongé : > 10 j chez le nouveau-né à terme, > 2 semaines chez le prématuré.
  • Cholestatique (urines foncées, selles décolorées, bilirubine conjuguée élevée) : toujours pathologique.
  • Signes associés : pâleur, HSMG, hypotonie, léthargie, mauvaise succion, fièvre ou hypothermie, mauvaise prise pondérale.

Facteurs de risque d’ictère sévère

  • Prématurité (< 37 SA).
  • Ictère dans les 24 premières heures.
  • Fratrie ayant eu une photothérapie.
  • Incompatibilité fœto-maternelle : mère O avec enfant A ou B, ou mère Rh− avec enfant Rh+.
  • Hémolyse : Coombs positif, déficit en G6PD (origines africaine, méditerranéenne, asiatique), sphérocytose.

4. Étiologies selon le type de bilirubine

A. Bilirubine non conjuguée (libre)

MécanismeCauses
Hémolyse immune (Coombs +)Allo-immunisation ABO (la plus fréquente : mère O, enfant A ou B, anticorps anti-A/anti-B). 
Rhésus (rare, grâce à la prévention par Ig anti-D). Autres antigènes (Kell, anti-c, anti-E…).
Hémolyse constitutionnelle (Coombs −)Sphérocytose héréditaire (Minkowski-Chauffard) : sphérocytes au frottis, anémie hémolytique corpusculaire. 
Déficit en G6PD (récessif lié à l’X) : corps de Heinz, dosage G6PD à distance de la crise (faux négatifs pendant l’hémolyse, car les réticulocytes sont riches en G6PD). 
Déficit en pyruvate kinase (bcp plus rare, ne tombe pas en DP)
Défaut de conjugaisonPhysiologique, lait de mère, prématurité, hypothyroïdie congénitale, Crigler-Najjar (type I : sévère, photothérapie à vie, transplantation ; type II : répond au phénobarbital), Gilbert (léger).
InfectionSepsis, infection urinaire (d’où l’ECBU après J7).

B. Bilirubine conjuguée = cholestase néonatale

Définition : bilirubine conjuguée > 20 µmol/L ou > 20 % de la bilirubine totale. C’est toujours pathologique et une urgence diagnostique.

  • Atrésie des voies biliaires (AVB) : première cause (≈ 30-40 %).
  • Infections : CMV, toxoplasmose, rubéole, syphilis, herpès, VIH, ITU, sepsis.
  • Métaboliques : galactosémie (cataracte, sepsis à E. coli), tyrosinémie de type 1, déficit en α1-antitrypsine, mucoviscidose, Niemann-Pick C.
  • Génétiques 
  • Autres : kyste du cholédoque, nutrition parentérale prolongée, panhypopituitarisme et hypothyroïdie (avec hypoglycémie).

Signes d’alerte : selles décolorées (carnet de santé, page des couleurs), urines foncées qui tachent la couche, hépatomégalie ferme, TP bas ou syndrome hémorragique par carence en vit K.

5. Examens complémentaires

Dépistage

  • Bilirubinomètre transcutané (BTc) au front et au sternum, qui estime la bilirubine totale.
    • Au moins 1×/j à la maternité.
    • Sortie autorisée si BTc < 75e percentile.
    • Si BTc élevée, faire un dosage sanguin. La BTc n’est pas fiable sous photothérapie ni pour les valeurs très élevées.

Quand explorer ?

Facteurs de risque, prématurité, BTc ≥ 75e percentile, ictère pathologique, ictère prolongé (> 10 j à terme, > 2 sem chez le prématuré).

Bilan de première intention

  • Bilirubine totale et conjuguée (la bilirubine libre n’est pas dosée en routine).
  • NFS, réticulocytes (anémie, hémolyse, polyglobulie).
  • Groupe sanguin ABO-Rh (mère et enfant) + Coombs direct.
  • CRP, hémocultures, ± ECBU (après J7).
  • Frottis (sphérocytes, corps de Heinz).

Selon le contexte

  • G6PD, pyruvate kinase (à distance de l’hémolyse).
  • TSH, T4 (dépistage néonatal à J3, à vérifier).
  • Si bilirubine conjuguée : bilan hépatique (ASAT, ALAT, GGT, PAL), TP/facteur V, glycémie, échographie abdominale à jeun (vésicule atrophique ou absente, signe du cordon triangulaire, absence de contraction post-prandiale), puis cholangio-IRM/biopsie hépatique/cholangiographie peropératoire selon le contexte. Enfin bilan étiologique (sérologies, galactosémie, α1-antitrypsine, test de la sueur).

⚠️ L’haptoglobine n’a aucun intérêt chez le nouveau-né, car l’hémolyse est physiologique.

6. Urgences

Urgence symptomatique : encéphalopathie hyperbilirubinémique (ictère nucléaire)

  • Phase aiguë : léthargie, hypotonie, succion faible, puis hypertonie avec opisthotonos, cri aigu, fièvre, convulsions.
  • Séquelles (kernictère) : choréoathétose, surdité neurosensorielle, paralysie du regard vers le haut, dysplasie de l’émail dentaire.
  • Facteur causal : bilirubine libre.

Urgences liées à la cause

  • Allo-immunisation érythrocytaire fœto-maternelle : risque d’hyperbilirubinémie libre sévère.
  • Atrésie des voies biliaires : urgence chirurgicale (bilirubine conjuguée).

7. Prise en charge

Bilirubine non conjuguée

  • Photothérapie intensive, selon les courbes (âge en heures, âge gestationnel, poids, facteurs de risque de neurotoxicité). Bilirubine de contrôle pendant et après.
  • Exsanguino-transfusion en urgence si échec de la photothérapie ou signes d’encéphalopathie.
  • Ig IV polyvalentes dans les hémolyses immunes (Rh/ABO).
  • Assurer l’hydratation et l’alimentation, sans arrêter l’allaitement.

Prévention

Ig anti-D chez la mère Rh− (à 28 SA si RAI négative, et dans les 72 h post-partum si l’enfant est Rh+).

Atrésie des voies biliaires

  • Vitamine K immédiatement (10 mg) : risque hémorragique par cholestase (malabsorption des vitamines liposolubles).
  • Intervention de Kasaï : le pronostic dépend de la précocité de la PEC, idéalement avant J45-J60.
  • Support : lait riche en triglycérides à chaîne moyenne, suppléments en vitamines A, D, E, K, ± acide ursodésoxycholique.

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