Comment s’en sortir en parasito aux EDN ?

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Comment s’en sortir en parasito aux EDN ?

🔬Infectiologie D1D2D4

Parasitoses (items 172, 173, 175, 218)


🧭 La méthode à avoir en tête devant TOUTE question EDN sur une parasitose

Quand une question évoque une parasitose (fièvre au retour de voyage, éosinophilie, trouble digestif…), passe systématiquement ces 5 filtres dans l’ordre :

  1. Protozoaire ou helminthe (ver) ? → Réflexe n°1 : pas d’éosinophilie = jamais un helminthe (sauf phase très précoce ou ver mort/enkysté). Une éosinophilie oriente vers un ver.
  2. Géographie / contexte d’exposition : cosmopolite (France) ou tropical ? Quel aliment/contact (crudités, viande, cresson, eau douce, marche pieds nus, piqûre d’insecte) ?
  3. Cinétique : incubation courte ou longue ? Éosinophilie présente, absente, transitoire, prolongée ou oscillante ?
  4. Organe cible / clinique évocatrice : digestif pur, pulmonaire (Löffler), cutané, hépatique, musculaire, neurologique…
  5. Examen clé : EPS (examen parasitologique des selles, ×3), sérologie, examen direct d’un ver rapporté, biopsie/imagerie.

🔬 1. Vue d’ensemble : protozoaires vs helminthes, cosmopolite vs tropical

Helminthes (vers → éosinophilie possible)Protozoaires (jamais d’éosinophilie)
CosmopolitesAscaris, oxyure, trichocéphale, tænias (saginata/solium), trichinelloseGiardia, Cryptosporidium, Microsporidium
TropicalesAnkylostome, anguillule, schistosomose (bilharziose), filarioses, distomatosesAmibes (amœbose), Cyclospora, paludisme, leishmanioses, trypanosomoses

🪱 2. Par type de ver

A) NÉMATODES (vers ronds)

ParasiteContaminationGéographieClinique / cinétiqueÉosinophilie
Ascaris lumbricoides
(ascaridiose)
Féco-orale (crudités souillées)Cosmopolite, mauvaise hygièneMigration larvaire → syndrome de Löffler (toux, fébricule, infiltrat pulmonaire labile) vers J10-15, puis phase digestive (asymptomatique ou douleurs/occlusion)Monte en phase de migration, pic, puis décroît quand le ver est installé dans le tube digestif
Trichocéphale (trichocéphalose)

Féco-oraleCosmopolitePas de migration pulmonaire ; diarrhée, douleurs, possible prolapsus rectal chez l’enfant en cas de forte charge parasitaireFaible ou absente
Oxyure (oxyurose)
Manuportée directe (auto-infestation, pas de maturation dans le sol)Cosmopolite, collectivités d’enfantsPrurit anal nocturne, pas de migration tissulaireAbsente ou minime
Ankylostomes (Ancylostoma duodenale, Necator americanus)Transcutanée(marche pieds nus sur sol souillé)Zones chaudes et humides (tropiques/subtropiques)Dermatite au point de pénétration puis migration pulmonaire (Löffler) ; vers adultes hématophages → anémie ferriprive chroniqueProlongée, modérée à élevée
Anguillule (Strongyloides stercoralis, anguillulose)
TranscutanéeAsie du Sud-Est, Afrique, Antilles, zones tropicalesCycle d’auto-infestation → persistance possible des décennies ; larva currens (éruption serpigineuse périanale migrante rapide) ; risque d’anguillulose maligne disséminée si immunodépression (corticothérapie, HTLV-1)Oscillante, pic à chaque cycle d’auto-infestation
Trichine (Trichinella spiralis, trichinellose)Alimentaire : viande de porc/sanglier/cheval mal cuiteCosmopolite, épidémies ponctuelles (repas de chasse)Phase invasive : myalgies, œdème péri-orbitaire, fièvre (atteinte musculaire = tissulaire durable)Élevée et prolongée
Filaires : Loa loa (loase), Onchocerca volvulus (onchocercose), Wuchereria bancrofti (filariose lymphatique)Piqûre d’insecte vecteur (chrysops, simulie, moustique)Afrique subsaharienne essentiellement (+ Asie/Amérique pour certaines filarioses lymphatiques)Loase : œdème de Calabar, passage sous-conjonctival du ver ; onchocercose : cécité des rivières, prurit, nodules sous-cutanés ; filariose lymphatique : éléphantiasisÉlevée et prolongée (ver tissulaire)

B) CESTODES (vers plats segmentés, ténias)

ParasiteContaminationGéographieCliniqueÉosinophilie
Taenia saginata
Viande bovine crue/mal cuiteCosmopoliteSouvent asymptomatique, anneaux mobiles émis spontanément dans les selles/sous-vêtementsAbsente ou minime (ver confiné à la lumière intestinale)
Taenia solium
Viande porcine crue/mal cuiteAmérique latine, Afrique, Asie (élevage porcin peu contrôlé)Idem T. saginata ; risque majeur = cysticercose si auto-infestation par les œufs (neurocysticercose = 1ère cause d’épilepsie acquise dans certains pays d’endémie)Absente pour le ver adulte intestinal ; possible en cas de cysticercose
Échinococcose kystique / hydatidose (Echinococcus granulosus)
Contact avec chiens, ingestion d’œufs (crudités souillées)Zones d’élevage ovin : bassin méditerranéen, Moyen-Orient, Amérique du Sud, Afrique du NordKyste hydatique (foie++, poumon), longtemps asymptomatiqueVariable
Échinococcose alvéolaire (Echinococcus multilocularis)
Renard/rongeurs, baies sauvages souilléesZones tempérées (Europe centrale, est de la France)Pseudo-tumeur hépatique infiltrante (« cancer parasitaire »)Variable

C) TRÉMATODES (douves et schistosomes) : très rare en QCM

ParasiteContaminationGéographieClinique / cinétiqueÉosinophilie
Schistosomes (bilharziose) : S. haematobium (urinaire), S. mansoni(intestinale/hépatique), S. japonicum (Asie)
Transcutanée, bain en eau douce stagnanteAfrique (haematobium, mansoni), Asie (japonicum)Dermatite des nageurs précoce → fièvre de Katayama (fièvre + urticaire + hyperéosinophilie majeure) 3 à 8 semaines après le bain → phase d’état selon la localisation (hématurie, signes hépato-digestifs)Prolongée(ponte continue d’œufs dans les tissus)
Douve du foie (Fasciola hepatica, distomatose)Ingestion de cresson sauvage (⚠️ existe en France)CosmopolitePhase invasive hépatique : hépatomégalie douloureuse fébrile ; phase d’état biliaireÉlevée en phase invasive
Douve pulmonaire(Paragonimus)Crustacés d’eau douce crusAsie principalementSymptômes pseudo-tuberculeux pulmonairesÉlevée

3. Synthèse : qui a de l’éosinophilie, et quand ?

  • Jamais d’éosinophilie : toutes les protozooses (amibiase, giardiase, cryptosporidiose, paludisme…)
  • Peu ou pas d’éosinophilie malgré un helminthe : oxyure, trichocéphale, tænias → vers qui restent confinés à la lumière digestive, sans phase de migration tissulaire importante
  • Éosinophilie prolongée/persistante : filarioses, distomatoses (douves), bilharziose, trichinose, larva migrans→ parasites à localisation ou activité tissulaire durable (ponte d’œufs dans les tissus, séjour musculaire, ver adulte tissulaire)
  • Éosinophilie oscillante (pics répétés) : anguillulose, du fait du cycle d’auto-infestation

💡 Piège classique : une éosinophilie normale n’élimine pas une parasitose acquise depuis plusieurs mois (le ver est passé en phase d’état digestive, l’éosinophilie a régressé).

Les complications de l’hypereosinophilie :

  • cardiaque : fibrose endomyocardique
  • pulmonaire
  • digestive
  • cutanée
  • neurologique
  • rôle prothrombotique

4. Protozoaires

En rouge, ceux qui tombent aux EDN

ParasiteContaminationGéographieClinique / cinétiqueÉosinophilie
Entamoeba histolytica (amibiase)
Féco-orale : eau/aliments contaminésZones tropicales/subtropicales, surtout Afrique, Asie, Amérique latineSouvent asymptomatique → colite amibienne : diarrhée glairo-sanglante, douleurs abdominales, ténesme → possible abcès hépatique : fièvre + douleur HCD ± hépatomégalie❌ Non
Giardia intestinalis (giardiase)
Féco-orale, eau/aliments contaminés, transmission interhumaineMonde entier, ++ zones à hygiène précaireDiarrhée chronique/persistante, ballonnements, douleurs abdominales, stéatorrhée/malabsorption, souvent sans fièvre ni sang❌ Non
CryptosporidiumFéco-orale, surtout eau contaminéeMonde entierDiarrhée aqueuse aiguë ; spontanément résolutive chez l’immunocompétent → diarrhée chronique sévère chez l’immunodéprimé, notamment VIH❌ Non
Toxoplasma gondii (toxoplasmose)
-> évoqué en gynéco surtout (sérologie indispensable chez la femme enceinte)
Viande insuffisamment cuite, oocystes(chat/terre), transmission transplacentaireMonde entierImmunocompétent : souvent asymptomatique ou syndrome mononucléosique (adénopathies) → immunodéprimé : encéphalite (abcès cérébraux multiples) → grossesse : toxoplasmose congénitale❌ Non
Plasmodium spp. (paludisme)
-> BIEN CONNAITRE
Piqûre de moustique Anopheles femelleZones tropicales, surtout Afrique subsaharienneAccès fébriles paroxystiques → P. falciparum : forme grave avec neuropaludisme, anémie, insuffisance rénale, hypoglycémie… → incubation généralement ≥ 7 jours❌ Non
Trichomonas vaginalis (trichomonose)
-> évoqué dans les vaginites en gyénco
Sexuellement transmissibleMonde entierFemme : vaginite avec leucorrhées jaunâtres/verdâtres, malodorantes, prurit, col en « fraise » → homme souvent asymptomatique ou urétrite❌ Non
Leishmania spp. (leishmaniose)
-> évoquer en dermato devant une lésion type ulcère ne s’améliorant pas malgré la clindamycine
Piqûre de phlébotomeBassin méditerranéen, Moyen-Orient, Afrique, Amérique latine, AsieCutanée : lésion ulcérée → viscérale : fièvre prolongée + splénomégalie + pancytopénie ± amaigrissement❌ Non
Trypanosoma brucei( trypanosomiase africaine)Piqûre de mouche tsé-tséAfrique subsaharienneChancre d’inoculation → fièvre intermittente, adénopathies → atteinte neurologique progressive avec troubles du sommeil (« maladie du sommeil »)❌ Non
Trypanosoma cruzi (maladie de Chagas)Punaise triatome : déjections sur la peau/muqueuseAmérique latinePhase aiguë souvent paucisymptomatique → phase chronique : cardiomyopathie, troubles conductifs, mégaœsophage, mégacôlon❌ Non

🌍 5. Repères géographiques à mémoriser

Zone / expositionParasitoses à évoquer en priorité
France / cosmopolite, mauvaise hygiène féco-oraleAscaris, oxyure, trichocéphale, tænias, giardiase
Cresson sauvage (même en France)Distomatose (douve du foie)
Marche pieds nus, sol boueux tropicalAnkylostomes, anguillule
Bain en eau douce stagnante (Afrique, Asie)Bilharziose
Viande bovine mal cuiteTaenia saginata
Viande porcine mal cuite (Amérique latine, Afrique, Asie)Taenia solium → risque cysticercose
Viande de porc/sanglier/cheval mal cuite (repas de chasse)Trichinellose
Élevage ovin + contact chiens (bassin méditerranéen, Moyen-Orient)Hydatidose
Piqûre d’insecte en Afrique subsaharienneFilarioses (loase, onchocercose, filariose lymphatique)
Crustacés d’eau douce crus (Asie)Douve pulmonaire
Immunodépression + séjour ancien en zone tropicaleAnguillulose maligne (réactivation)

Si le patient n’a pas quitté la France métropolitaine on peut évoquer :

⏱️ 6. Incubation / chronologie : les repères clés

DélaiCe qu’il faut évoquer
Précoce (heures à quelques jours)Dermatite de pénétration (ankylostomes, anguillule, bilharziose = « dermatite des nageurs »)
~J10-J15 post-ingestionSyndrome de Löffler de l’ascaridiose (migration larvaire pulmonaire)
3 à 8 semaines post-exposition en eau douceFièvre de Katayama (primo-invasion bilharzienne)
Quelques jours à quelques mois (variable)Amœbose (incubation très variable)
Plusieurs mois à plusieurs annéesTænias, hydatidose, échinococcose alvéolaire (croissance lente du kyste), filarioses (charge parasitaire progressive)
Des décennies possiblesAnguillulose (auto-infestation chronique), avec risque de réactivation/dissémination à l’occasion d’une immunodépression

🎯 7. Comment s’en sortir devant une question EDN (checklist express)

  1. Il y a une éosinophilie ?
    • Non → penser protozoaire (amibiase, giardiase…) ou penser qu’on est en phase d’état d’un helminthe digestif pur (oxyure, trichocéphale, tænia)
    • Oui → c’est un helminthe (ou allergie/autre cause à éliminer)
  2. Contexte géographique et d’exposition donné dans l’énoncé → aliment (crudités, viande, cresson, crustacés), contact (eau douce, sol boueux, animal, piqûre d’insecte), zone (cosmopolite vs tropicale)
  3. Organe(s) atteint(s) : pulmonaire (Löffler = ascaris/ankylostome/anguillule en phase de migration), cutané (prurit, larva currens, œdème), hépatique (distomatose, hydatidose, bilharziose mansoni), urinaire (bilharziose haematobium), musculaire (trichinose), neurologique (cysticercose)
  4. Terrain particulier : immunodéprimé → penser anguillulose maligne et protozooses opportunistes (cryptosporidiose sévère)
  5. Examen de confirmation : EPS ×3 espacés de 2-3 jours (émission intermittente des œufs/kystes), sérologie (utile en phase invasive avant ponte d’œufs, ex. bilharziose, distomatose, trichinose), examen direct d’un ver rapporté par le patient (à conserver dans l’alcool à 70°)
  6. Ne pas oublier : le traitement antiparasitaire moderne est vermicide (tue le ver in situ) et non « vermifuge » → le ver n’est pas forcément retrouvé mort dans les selles après traitement

Bon courage avec la parasito ! C’est pas facile mais ça fait gagner quelques points aux EDN !

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